La vérité

"Beaucoup de personnes, et surtout les enfants, en lisant une histoire, un conte, une légende, une fable, se demandent, tout d'abord, si la chose est vraisemblable ; et souvent, s'ils voient que ce qu'on leur raconte n'a pu arriver, ils se disent alors : C'est une simple invention, ce n'est pas vrai ! Les gens qui jugent ainsi ont tort. La vérité sera dévoilée, non pas à celui qui se contente de savoir si telle chose est arrivée ou peut arriver, mais à celui qui comprend ce que doit être la vie,
...
ce n'est pas l'Homme qui regarde à ses pieds qui découvrira la vérité, mais celui qui suit sa route, en prenant pour guide le soleil.
...
Sans doute il doit exister des livres et beaucoup de romans, d'histoires où l'on décrit comment l'homme vit pour ses passions, souffre, fait souffrir, court des dangers, connait le besoin, ruse, lutte, parvient à sortir de la misère, finit par se réunir à l'objet de son amour et devient riche, puissant, heureux.
De tels livres, quand bien même ils renfermeraient des faits qui se sont réellemment passé, -ce qui n'aurait rien d'invraisemblable,- seraient cepandant mensongers et faux, car l'homme qui vit pour lui, pour ses passions, possédât-il la plus belle femme du monde, fût-il aussi riche, aussi puissant qu'on puisse l'être, ne peut pas se dire heureux. "

Contes et fables, Léon Tolstoï

dimanche 4 mai 2014

Comment réaliser une sculpture ?

Depuis qu'il était petit, Michel di Lodovico n'avait d'yeux que pour les sculptures dans les églises, les bustes de madone et les chérubins de marbre. Cette obsession lui avait permis de survivre à bien des malheurs.

Ses parents étaient pauvres et, s'il n'avait été le plus talentueux de tous les jeunes apprentis sculpteurs du village, jamais il n'aurait obtenu une bourse pour suivre des cours en ville.
Mais, orphelin à 15 ans, il avait dû brader son talent pour survivre en taillant des stèles funéraires chez un artisan florentin.

Le soir, épuisé par le travail, il trouvait encore la force de suivre des cours chez Domenico, un célèbre sculpteur. Mais celui-ci mourut avant que Michel n'ait pu obtenir de lui une lettre de recommandation pour exercer son art, comme c'était alors la coutume.

Le jeune sculpteur dut accepter les besognes les plus viles et supporter beaucoup de difficultés. Parfois même il devait mendier pour ne pas mourir de faim.
Cependant, dès qu'il avait un moment, il se faufilait dans les églises ou les chapelles, pour admirer les sculptures et apprendre dans leurs lignes, leurs courbes et leurs rotondités les derniers secrets de son art.

Un soir, alors qu'il était en extase devant une Vierge à l'Enfant dans l'église de Santa Maria Novella, il eut une illumination et comprit ce que d'autres n'avaient pas même entrevus.
A partir de ce jour, il se mit à sculpter les plus belles pièces que l'art ait jamais comptées. Il devint alors célèbre dans le monde entier, sous le nom de Michelange.

Quand, à la fin de sa vie, son apprenti lui demanda quel était sa définition de la sculpture, Michelange lui sourit et dit :
- Je vais te répéter ce que les anges m'ont conseillé ce fameux soir dans une église de Florence : "Prends un bloc de marbre et taille tout ce qui ne fait pas partie de la statue."

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Au fond, la vie agit avec nous comme Michelange avec ses statues : elle taille tout ce qui ne fait pas partie de la sculpture. Si on a de la chance, elle nous réduit à une sorte d'être fondamental, meilleur, plus pur. Dans le cas contraire, elle taille dans le vif et nous blesse.

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"Sculpte ta propre statue" Plotin

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